Cette semaine, je suis montée à Paris (oh mon dieu, je me sens comme une provinciale en disant ça) pour passer un entretien pour un stage dans une banque d'affaires. Avant d'y aller, je m'étais rassurée en me répétant que j'avais le profil parfait pour le poste ; qu'en plus, étant une fille chinoise, j'ajoutais de l'exotisme et de la complexité au profil, et puis j'avais la contenance et la sophistication qui allaient de paires avec la boîte. Nan mais rigolez pas, ça pourrait être vrai.
Ben figurez-vous que la méthode Coué, ça marche qued'.
Pendant toute la durée du trajet en train, je lisais, relisais, me récitais toutes les informations que j'avais récoltées sur la boîte, tout en me remaquillant de temps à autre. Arrivée dans la capitale, je me suis ruée dans le métro tout en me mettant un pschitt de parfum supplémentaire et me rappelant les principaux produits financiers dérivés. En sortant de la station sur les Champs, évidemment, je me trouvais à un carrefour de 6 rues, et la seule chose dont je ne me souvenais pas de mes révisions, c'était la rue que je devais emprunter pour arriver à destination.
Forcément, avec mon intuition féminine défaillante et ma chance habituelle, je pars dans le sens opposé. Prendre des décisions, ça fait partie du métier. Après, si je me trompe, il faut juste espérer que c'est couvert par l'assurance. Je m'apprête à demander mon chemin à la première personne que je croise lorsque cet homme me fait un sourire à la limite de la pédophilie. Gros dégoûtant, va ! Lorsque je demande finalement à la personne suivante, celle-ci me répond, effarée : "oh la la (déjà, ça s'annonce mal) ... mais c'est à l'autre bout, mam'zelle ! Vous en avez pour au moins une demi-heure !"
Heureusement, il me restait dix minutes.
Foi de moi, je ne me laisserais pas faire par la fatalité ! N'écoutant que mon courage et ma vessie au bord de l'insurrection, j'oubliai mes talons de dix centimètres et mes orteils comprimés. Je retraverse les Champs et arrive quelques minutes plus tard sur la rue où j'ai rendez-vous. Sur le trottoir sur lequel je me trouve, je contourne sans m'en rendre compte un panneau de déviation qui invitait à changer de trottoir. Mais la poussée d'adrénaline logée dans ma vessie devait m'aveugler ou supprimer certaines de mes fonctions cérébrales, car j'ai continué ma voie sur le même trottoir. Ce n'est que lorsqu'un agent de police me siffla, que je sursautai et compris que le trottoir était réservé aux députés qui sortaient du bâtiment entouré de policiers. Heureusement pour moi, j'ai un don révolutionnaire pour exprimer l'ignorance ingénue et le regret sincère tout en étant sexuellement désirable. Je vous montrerai un jour comment on fait. La preuve :
"Attention, mademoiselle ! La prochaine fois, je vous passe les menottes, hein !", dit-il avec le doigt réprobateur.
J'arrive finalement dans les locaux de la boîte. Comme beaucoup des immeubles parisiens, la grande porte donne sur une cour intérieure et je me retrouve face à deux portes, l'une donnant sur l'accueil et l'autre, sur l'agence. "Que fais-je ?" pensé-je. Je me rends finalement à l'accueil, où deux femmes séduisantes en uniforme, équipées d'oreillettes, s'agitent dans un hall en marbre. Elles m'annoncent qu'on m'attend au troisième étage dans la cour intérieure du numéro 45.
Heureusement, je me trouvais au numéro 47 (vous avez vu, il y a beaucoup d'incidents heureux dans mon histoire). Arrivée au fond de la cour du numéro 45, j'entre dans un bâtiment aux murs de marbre. Un vieil homme se lève de son bureau et m'indique que je me suis trompée de porte.
"Je suis confuse, je trouvais votre porte tellement accueillante que je me suis permise ..."
Oui, je parlais aussi comme une comtesse. C'est comme ça, quand je vois du marbre. Et encore une fois, mon sens inouï de l'excuse sexy m'a sauvé la vie.
Finalement, j'arrive à l'heure au lieu exact du rendez-vous. La jeune femme qui me reçoit
m'avoue qu'elle s'identifie à mon parcours (jeune immigrée blablabla c'est trop dur la vie) et que j'aurai un deuxième entretien avec le directeur du market.
Puis la soirée se passe avec nettement moins de stress puisqu'on fête l'anniversaire de Yomi. Je m'éclipse rapidement, la ville de province où j'habite n'étant pas aussi bien desservie que Le Plessis Pâté, je dois prendre le dernier train à 19h.
Une fois dans le train, j'enlève mes chaussures de torture et effectivement, mes pieds sont déformés, entre le losange et l'oreille d'elfe, baignés dans une mare de sang.
Dans la vie, il faut vivre dangereusement, je veux bien, mais pas tous les jours alors ! Je tiens à garder mes pieds intacts, moi !
9 décembre 2007
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4 commentaires:
Je suis désolé mais...ça m'a plutôt fait sourire...
Et le coup de te tromper de sens, sache que tu n'es pas la seule à faire ce genre d'erreur...en même temps,l'intuition féminine, chez moi elle peut pas être défaillante, j'en ai jamais eu.
Encore un joli récit, j'y étais quoi.
Ne t'excuse pas, j'aime faire rire les gens de mon malheur.
Et si tu avais une intuition féminine, défaillante ou opérationnelle, je voudrais un marque-ta-page à ton effigie rien que par curiosité.
moi j'ai arrêté les talons de 10 cm. j'en mets plus que pour le travail
T-t-tu ... tu es de petite taille, toi aussi ?
Mon docteur préféré !! :D
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